Justice League, la critique
La BO de Justice League par Danny Elfman, la critique
Hellshock de Jae Lee publié chez Alayone Comics
Hellshock (Jae Lee, Alayone Comics), la preview
Thor: Ragnarok, la critique
Couverture de Captain Britain Weekly n°1

Comment Captain Britain a-t-il obtenu ses pouvoirs ? Ou quand le Royaume-Uni voit surgir un nouveau défenseur dans les pages de la filiale anglaise de Marvel !

Date : Janvier 1986
Title VO : Duel
Crédits : Chris Claremont (scénario), Herb Trimpe (dessin), Fred Kida (encrage)
À lire en VF dans : Captain Britain n°1 (Artima)

 

Marvel UK, la filiale britannique de Marvel

À partir de 1972, Marvel Comics s’attaque au marché anglais avec sa filiale surnommée « Marvel UK ». Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Magazine Management London Ltd ne siège pas à Londres, mais bien à New York. Le premier titre, The Mighty World of Marvel, compilant des aventures de Hulk, Spider-Man et des Fantastic Four, remporte un beau succès. Du coup, l’éditeur lance dans la foulée Spider-Man Comics Weekly : chaque semaine les lecteurs peuvent lire les aventures de Spider-Man tirées d’Amazing Spider-Man.

Seulement, si on y réfléchit, Marvel joue un peu contre son camp : le public anglais peut aussi lire les publications Marvel américaines (certes, plus compliquées à se procurer à l’époque). Et l’absence de matériel inédit risque, sur le long terme, de poser problème.

Planche de Captain Britain en noir et blanc

En 1976, Marvel UK décide de créer un nouveau super-héros pour les lecteurs anglais : Captain Britain. On confie alors le scénario à Chris Claremont. Le scénariste anglais s’est surtout fait remarquer pour sa reprise d’Uncanny X-Men et, à ce moment-là, termine son run sur Iron Fist. Quant à Herb Trimpe, il est connu des lecteurs pour son travail sur Incredible Hulk. À la toute fin du numéro 180, il dessine Wolverine pour la première fois. Pas le genre à s’enorgueillir, le dessinateur reste modeste et pragmatique quand on évoque Captain Britain : « C’est à l’époque où j’ai vécu en Angleterre pendant un moment… Et j’ai croisé Chris dans un petit village, dans la région de la Cornouailles. Je crois que ça lui a donné à réfléchir… Et quand il a fallu choisir une équipe créative, j’étais une des possibilités. J’ai rarement refusé le travail qu’on m’a offert, j’ai donc accepté la série. Je pensais que c’était vraiment une idée idiote, mais il y avait le chèque ! Je trouvais l’idée assez stupide, dans le sens où je ne pensais pas qu’un super-héros puisse être populaire en Angleterre. Les super-héros ont une empreinte culturelle très distincte, très américaine, très forte, très ‘dans ta face’. Je ne me suis jamais considéré comme faisant vraiment partie du processus de création de Captain Britain ».

Pour 10 pences, lecteurs britanniques peuvent acheter Captain Britain Weekly. Les 32 pages renferment des épisodes en noir et blanc des Quatre Fantastiques et des épisodes en couleur de Nick Fury. Et à cela s’ajoutent les 7 pages de Captain Britain en couleur elles aussi. Sept pages seulement ? Rappelons que le titre est hebdomadaire. La première aventure raconte les origines du super-héros et se déroule sur les deux premiers épisodes.

Les origines de Captain Britain

L’histoire démarre au milieu d’un combat : Captain Britain affronte des criminels à l’apparence étonnante. En effet, ils portent une armure à l’aspect d’inspiration médiévale. Mais leurs armes sont des pistolets à énergie ! Captain Britain quant à lui manie un bâton et on apprendra dans l’épisode suivant qu’il s’agit d’une matraque extensible. Le super-héros vient à bout facilement de ses premiers adversaires. Pourtant ses pensées trahissent une tout autre réalité : le héros ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive ni comment il a obtenu son costume ni pourquoi il sait utiliser ses superpouvoirs ! Au détour d’une ligne de dialogue, on apprend tout de même qu’il est… scientifique. Pas le temps de réfléchir : très vite, il fait face au chef des bandits. L’épisode marque alors une pause : il est temps raconter le début de l’histoire à travers un flashback…

Brian Braddock travaille comme assistant chercheur au Darkmoor Research Centre, un centre nucléaire situé sur une colline dans la campagne anglaise. Le jeune homme n’est là que le temps d’un stage : il doit bientôt retourner à l’université.

Ce complexe est attaqué par Joshua Stragg, alias Reaver, et sa bande de mercenaires. Notez que leur design et leur équipement sont clairement influencés par le style de Jack Kirby. Sur ces épisodes de Captain Britain, Herb Trimpe s’inspire du style du King.

Mais revenons à l’ami Brian : le jeune chercheur a l’idée d’aller chercher de l’aide. Il profite de la confusion générale pour s’enfuir à moto. Malheureusement, les hommes de Stragg le rattrapent à bord d’un engin volant. Surpris, Brian tombe de la falaise. Grièvement blessé, il rampe pour se mettre à l’abri de sa moto en flammes. C’est là qu’il a la vision d’un vieillard et d’une jeune femme. Le premier est Merlin le magicien, la seconde est appelée « The Lady of the northern Skies ».

En réalité, cette « Lady » s’appelle Roma. Si vous avez lu les X-Men de Chris Claremont, ce nom vous dit forcément quelque chose. Oui, c’est bien la même Roma qui affrontera le Trickster dans la saga The Fall of the Mutants. C’est elle qui fera franchir le Seuil du Péril aux X-Men, ouvrant une toute nouvelle ère à la série Uncanny X-Men.

Merlin et Roma demandent à Brian de choisir entre deux objets : l’épée (« symbole du sang ») ou l’amulette (« symbole de vie »). Dans la précipitation, Brian réfléchit rapidement et choisit l’amulette. Cela déclenche une force cosmique qui traverse les dimensions et le cosmos (et le Seuil du Péril, même si on ne comprend pas vraiment ce que cela signifie). Cette énergie vient frapper de plein fouet le jeune homme, qui se transforme alors en Captain Britain. Le héros doit maintenant « servir la justice » contre ceux qui utilisent la force. Et évidemment, son premier test consiste à vaincre Stragg. Et ça tombe bien, le vilain, qui avait suivi le héros, surgit avec ses hommes !

Évidemment, Chris Claremont complique les choses pour notre héros : Stragg s’empare de l’épée et se transforme en un chevalier à l’armure dorée. Utilisant sa matraque extensible, Captain Britain paraît d’abord prendre facilement le dessus sur son ennemi. Mais, Stragg comprend vite qu’il peut utiliser l’épée pour lancer des rayons d’énergie surpuissants. Captain Britain est obligé d’esquiver tir après tir.

Brian comprend que leurs pouvoirs sont l’opposés l’un de l’autre, et imagine que de sa matraque que viendra la solution. Stragg s’apprête à porter un coup fatal, mais Captain Braddock pare la rafale et la renvoie sur son ennemi qui finit terrassé.

Le test de Merlin et Roma est terminé. Brian a montré qu’il était digne de porter le pouvoir de Captain Britain. Sans plus d’explication, il accepte son destin : devenir le champion du Bien.

Comme l’écrit Claremont : « une légende est née ».

 

Chris Claremont, avant les X-Men

L’écriture de Claremont sur ces épisodes n’atteint pas le niveau de ses futurs travaux. Mais ne boudons pas notre plaisir : on tient là 14 pages d’action ininterrompue. Le design du costume de Captain Britain est particulièrement réussi (et si vous voulez savoir pouquoi il arbore un lion sur sa poitrine, je vous invite à lire l’article où on vous explique pourquoi il a quitté son premier costume rouge au « Lion Rampant » ?). Et dans cette origin story, Claremont utilise le folklore local (Merlin le sorcier) de façon légère et agréable pour le lecteur.

Curieusement, Chris Claremont ne montre presque rien du quotidien de Brian Braddock. Il faut dire qu’en deux fois sept pages, l’espace est compté. Mais, dans l’épisode suivant, le scénariste va le gérer un peu à la manière d’un Peter Parker anglais avec des dilemmes similaires. Betsy, sa sœur, n’apparaît que dans le numéro 8 ; elle deviendra par la suite Psylocke et rejoindra les X-Men.

Captain Britain Weekly comptera 39 numéros publiés entre octobre 1976 et juillet 1977.